Stress, anxiété, douleur : non ce n’est pas la même chose!
Tu as peut-être entendu cette phrase dans un cabinet médical : "C'est le stress." Ou son équivalent : "Vous êtes anxieuse." Comme si l'une ou l'autre réponse expliquait tout, et fermait la conversation.
Le problème, c'est que stress et anxiété ne sont pas la même chose. Et qu’ils sont bien souvent la conséquence, plutôt que la cause de la douleur chronique dans ton système nerveux. Confondre les trois, c'est passer à côté des leviers qui existent pour aller mieux.
Le stress : une réponse utile, pas une faiblesse
Le stress est une réponse biologique normale. Quand ton cerveau détecte une menace — réelle, anticipée, ou simplement perçue comme telle — il déclenche une cascade hormonale. L'adrénaline d'abord, pour une réponse rapide. Puis le cortisol, pour maintenir l'organisme en état d'alerte.
Ce système a été conçu pour te sauver la vie. Il est efficace, précis, et prévu pour être temporaire.
Le cortisol n'est pas une toxine. C'est une hormone anti-inflammatoire — jusqu'à ce qu'il soit produit en excès, trop longtemps. C'est là que le problème commence. Un système nerveux en état d'alerte chronique ne distingue plus bien ce qui est urgent de ce qui ne l'est pas. Il reste en tension, même quand il n'y a plus rien à fuir.
L'anxiété : quand la menace devient intérieure
L'anxiété fonctionne différemment. Elle ne répond pas à une menace présente — elle anticipe une menace future, souvent floue. C'est un mécanisme de projection : et si ça empirait ? Et si les médecins se trompaient ? Et si je ne pouvais plus jamais...
Ce n'est pas de l'irrationalité. C'est un cerveau qui a appris, à force d'expériences difficiles, que quelque chose de mauvais peut arriver à tout moment. Il essaie de se préparer. Mais cette préparation permanente est épuisante, et elle entretient elle-même l'état d'alerte qu'elle cherche à éviter.
La douleur chronique : une menace qui vient de l'intérieur
Voilà où ça devient important pour toi, si tu vis avec des douleurs pelviennes chroniques.
Le système nerveux ne distingue pas la source d'une menace. Une douleur persistante ( endométriose, douleurs pelviennes chroniques, syndrome myofacial) est traitée comme un signal de danger continu. Ton corps y répond comme à une alerte : il maintient un niveau élevé de vigilance, de tension musculaire, de sensibilité.
Et cette réponse, à son tour, amplifie la douleur perçue. Ce n'est pas "dans ta tête" — c'est de la neurophysiologie. Le système nerveux central peut se reconfigurer autour de la douleur, jusqu'à ce que celle-ci devienne son état par défaut.
Ce que ça produit concrètement : une anxiété diffuse liée au corps lui-même, une fatigabilité accrue, une hyperréactivité émotionnelle. Et souvent, beaucoup de culpabilité de ne pas "mieux gérer".
Ce que montre la recherche : Une étude publiée en 2025 dans le Journal of Psychosomatic Research, menée sur 2 394 femmes atteintes d’endométriose au sein de la cohorte ComPaRe (Breton et al., 2025), confirme ce lien de façon frappante. 32 % des participantes présentaient des symptômes d'anxiété modérés à sévères, et 45 % des symptômes dépressifs de même intensité. L'intensité de la douleur pelvienne ressort comme l'un des facteurs les plus fortement associés à ces niveaux , devant le délai diagnostique, devant le statut marital, devant presque tout le reste. La douleur ne suit pas l'anxiété. Elle la précède, et souvent l'installe.
Ce que ça change pour toi, concrètement
Comprendre cette distinction, ce n'est pas un exercice académique. C'est ce qui détermine quels outils peuvent t'aider.
Sur la respiration : une respiration lente, guidée, active directement le système nerveux parasympathique, celui de la récupération, pas celui de l'urgence. L'application RespiRelax propose des protocoles validés, accessibles, sans prérequis. Cinq minutes suffisent à produire un effet mesurable sur la variabilité de la fréquence cardiaque.
Sur le mouvement : certaines pratiques agissent directement sur l'état du système nerveux. Le yoga , en particulier les formes adaptées comme le yoga santé/ thérapeutique ne vise pas la performance. Il vise la régulation. Cela passe par l'ancrage dans les sensations corporelles du moment présent, la respiration lente intégrée au mouvement, et l'entraînement progressif à tolérer un inconfort modéré sans l'interpréter comme un danger.
Une étude randomisée contrôlée publiée en 2025 dans l'European Journal of Psychotraumatology (Allene et al., 2025), conduite à l'hôpital Ville-Évrard auprès de femmes présentant un stress post traumatique lié à des traumas d'enfance, a mesuré une réduction significative de l'anxiété état dans le groupe ayant bénéficié de séances de yogathérapie. Ces résultats ont été confirmés par la variabilité de la fréquence cardiaque, marqueur physiologique direct de la régulation du système nerveux. J'ai eu la chance d'animer ces séances dans le cadre de cette recherche : ce que l'étude confirme en chiffres, je l'ai observé séance après séance: des femmes qui reprennent contact avec leur corps, sans qu'on leur demande de s'y abandonner.
Sur l'accompagnement psychologique : les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et l'ACT (Acceptance and Commitment Therapy) ont des effets documentés sur la composante anxieuse de la douleur chronique. Si tu ne sais pas vers qui te tourner, l'annuaire de l'AFTCC (Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive) permet de trouver un praticien formé près de chez toi.
Pour aller plus loin
Tout ce qui est évoqué ici est développé dans l'épisode 6 du podcast So Ovaires It, avec Camille Allene docteure en neurosciences, yoga-thérapeute, et chercheuse à l'hôpital Ville-Évrard. On y parle des mécanismes du stress, du cortisol, de l'impact de la douleur sur le système nerveux, et des outils qui existent pour retrouver une marge de manœuvre.
Si tu veux commencer à bouger de façon adaptée à ton état du jour (avec des pratiques courtes, pensées pour les jours avec et les jours sans) le studio SOI est accessible en essai gratuit.
Sources :
Breton et al. (2025). Factors associated with anxiety and depression symptoms among women with endometriosis. Journal of Psychosomatic Research, 196, 112329.
Allene et al. (2025). Yoga as a pre-treatment of EMDR to treat childhood abuse-related PTSD. European Journal of Psychotraumatology, 16(1), 2530917.