Douleurs intimes : ce qu'on ne t'a jamais expliqué
"Douleurs pendant les rapports sexuels" génère 23 800 000 recherches sur Google France. Le terme médical exact — dyspareunie — n'en génère que 191 000. L'écart dit tout : des millions de femmes cherchent une réponse à quelque chose qu'elles ne savent même pas nommer.
Ce n'est pas un déficit d'intelligence. C'est un déficit d'information. Dans l'épisode 5 du podcast So Ovaires It, Chloé Da Cruz, kinésithérapeute et sexologue spécialisée en pelvi-périnéologie, l'explique sans détour : l'anatomie féminine n'a été intégrée aux manuels scolaires français qu'en 2019. Le clitoris dans sa totalité n'a été décrit médicalement qu'en 1998. On parle de femmes de 30, 40, 50 ans qui ont grandi sans que personne ne leur explique ce qui se passait dans leur propre corps.
Selon une étude de 2017 (Meana et al.), les troubles douloureux touchent entre 14 et 35 % des femmes pré-ménopausées, et entre 6,5 et 45 % des femmes ménopausées. Ce n'est pas marginal. Ce n'est pas rare. Et pourtant, selon une étude de l'Université de Washington (2024), 6 femmes sur 10 qui consultent pour des douleurs pelviennes chroniques sont victimes de gaslighting médical : on leur dit que leur ressenti n'est pas réel, que les examens sont normaux, donc qu'il n'y a rien.
Dyspareunie, vulvodynie, vaginisme : trois réalités distinctes
Ces trois mots désignent des expériences différentes. Les confondre, c'est passer à côté du bon soin.
La dyspareunie, c'est la douleur pendant et/ou après les rapports : brûlure, tiraillement, sensation de déchirure. Elle peut être superficielle, à l'entrée du vagin, ou profonde, dans le bas-ventre. Elle peut exister depuis le début de la vie sexuelle ou apparaître secondairement. Ce n'est pas "juste au début" et ce n'est pas normal d'avoir besoin de "se détendre davantage". Comme Chloé Da Cruz le dit dans le podcast : si ça fait mal à l'entrée, même un peu, même seulement parfois, c'est un signal.
La vulvodynie, c'est une douleur vulvaire chronique : brûlures, picotements, démangeaisons , sans lésion visible à l'examen. C'est précisément là que l'errance commence : quand les examens ne montrent rien, beaucoup de médecins concluent qu'il n'y a rien. La vulvodynie peut durer des années sans diagnostic. Selon les données de l'épisode 5, parmi les 4 à 16 % de femmes qui en souffrent, seulement la moitié a cherché un diagnostic, et 2 % seulement sont parvenues à un traitement.
Le vaginisme, c'est une contraction réflexe involontaire des muscles du périnée qui empêche partiellement ou totalement la pénétration. Ce n'est pas le vagin qui "se ferme" , c'est le muscle qui se contracte autour. Chloé Da Cruz insiste sur cette distinction dans l'épisode : il faut dissocier l'organe du muscle. Le vaginisme n'est pas toujours douloureux en soi, mais il peut être la conséquence d'années de douleur non traitée : le cerveau anticipe, le muscle se protège, le réflexe s'installe.
Le périnée au centre du tableau
Ce qui relie ces trois réalités, c'est souvent le plancher pelvien.
Chloé Da Cruz utilise une image qui parle immédiatement : le périnée a un "rez-de-chaussée", un état de tension normale au repos. Il peut descendre d'un étage pour uriner, monter d'un étage pour retenir. Un périnée efficace est un périnée qui sait faire les deux. Un périnée hypertonique , toujours au-dessus du rez-de-chaussée, ne sait plus se relâcher. Il est en état d'engagement permanent.
Ce que ça produit concrètement : douleur à la pénétration, brûlures post-rapport qui imitent une cystite sans infection, envies d'uriner fréquentes, constipation. Et parfois aussi — et c'est contre-intuitif — des fuites urinaires à l'effort, parce qu'un muscle déjà en tension maximale ne peut pas se contracter davantage.
La douleur elle-même entretient cet état. Selon Both et al. (2012), la tension périnéale au repos d'une femme qui souffre de douleurs est mesurément plus élevée que celle d'une femme qui n'en a pas. Autrement dit : la douleur répétée reconfigure le muscle. Et un muscle qui a appris à se contracter en protection finit par le faire par réflexe, même quand il n'y a plus de danger immédiat.
Pourquoi l'errance dure aussi longtemps
Plusieurs mécanismes se cumulent, et ils ne sont pas tous médicaux.
68 % des femmes font passer la santé de leur famille avant la leur. 37 % manquent de temps. 50 % ne savent pas vers qui se tourner. Et quand elles consultent, elles arrivent souvent après des années à normaliser ce qu'elles ressentaient : parce que "les premiers rapports font un peu mal", "c'est la tension", "c'est dans ta tête".
Dans l'épisode 5, Chloé Da Cruz le dit clairement : la majorité de ses patientes se forcent alors qu'elles ont mal. Parce qu'à un moment, on a aussi envie d'avoir une vie normale. Et parce que le message culturel est que les rapports peuvent faire mal, surtout au début, surtout parfois. Ce message est faux, et il a un coût réel sur des années de vie.
Vers qui se tourner, concrètement
Un gynécologue formé aux douleurs vulvaires et pelviennes chroniques , pas tous.tes le sont. Cherche la mention "douleurs vulvaires", "endométriose", "vulvodynie" sur Doctolib, ou consulte les annuaires spécialisés : AFFReP pour les kinés en pelvi-périnéologie, Les Clés de Vénus, Périnée Bien-aimé.
Un kinésithérapeute spécialisé en pelvi-périnéologie : c'est souvent le professionnel le plus directement efficace sur le plancher pelvien hypertonique. Une ordonnance est nécessaire pour le remboursement, mais Chloé Da Cruz précise dans le podcast : si tu trouves quelqu'un de spécialisé, vas-y même sans ordonnance, et fais-la faire après.
Un dermatologue spécialisé en dermatologie génitale peut être le bon interlocuteur quand la composante cutanée est au premier plan : brûlures chroniques, hypersensibilité de contact, vulvodynie réfractaire. C'est une spécialité encore peu connue dans ce contexte, mais elle existe et elle change parfois tout dans un parcours qui stagnait.
Un médecin de la douleur ( ou algologue ) devient pertinent quand la douleur est ancienne, diffuse, et résiste aux traitements habituels. La sensibilisation centrale, qui est une reconfiguration du système nerveux autour de la douleur, relève de cette expertise. Les centres d'évaluation et de traitement de la douleur (CETD) existent dans la plupart des CHU français.
Un sexologue peut être pertinent en complément , non pas pour "résoudre un problème psychologique", mais parce que vivre avec une douleur intime pendant des années a des effets réels sur le rapport à soi, à l'autre, au désir, qui méritent d'être accompagnés.
Ce que le mouvement adapté peut faire dans tout ça
La respiration lente et le travail postural doux agissent directement sur le système nerveux autonome — ce qui réduit l'état d'alerte général, et avec lui la tension de fond du plancher pelvien. Ce n'est pas un traitement de première ligne. C'est un outil complémentaire qui agit sur le terrain.
Au studio SOI, les séances "périnée" et "système nerveux" ont été conçues pour ça : pas de postures qui engagent et “serrent”, mais une attention constante aux sensations, un travail progressif sur la respiration qui libère la tension pelvienne. Accessibles les jours difficiles comme les autres.
L'essai gratuit te donne accès à l'ensemble.
Pour aller plus loin
L'épisode 5 du podcast SOI avec Chloé Da Cruz couvre en détail les mécanismes, les diagnostics, et le parcours de soin — avec une pédagogie sur le périnée qui change vraiment la façon de comprendre ce qui se passe dans son corps.
Love ta vulve, Chloé Da Cruz (Hachette)
Sources : Meana et al. (2017). Female sexual pain disorders. Annual Review of Clinical Psychology. Both et al. (2012). Pelvic floor muscle tension and female sexual pain disorders. Hill & Taylor (2021). Prevalence of dyspareunia. Étude Université de Washington (2024) sur le gaslighting médical en douleurs pelviennes chroniques. Bajos & Bozon, Enquête CSF (2005-2006). Podcast SOI, épisode 5 — Chloé Da Cruz.