Syndrome de congestion pelvienne : comprendre, diagnostiquer et soulager la pesanteur pelvienne
Vous ressentez une pesanteur dans le bas-ventre qui s'installe en fin de journée, des jambes lourdes dès qu'il fait chaud, une lourdeur qui empire debout ou après les rapports ? Ces sensations ont peut-être une origine vasculaire. Le syndrome de congestion pelvienne (SCP) est très courant dans les douleurs pelviennes chroniques chez la femme, et pourtant, il reste largement sous-diagnostiqué.
Cet article est issu de notre échange avec la Dr Marine Bravetti, radiologue interventionnelle à la Pitié-Salpêtrière (Paris) et au Centre de cardiologie du Nord (Saint-Denis), référencée par l'association SCP France. Vous pouvez écouter l'épisode complet du podcast So Ovaires It ici [lien vers l'épisode].
Qu'est-ce que le syndrome de congestion pelvienne ?
Le syndrome de congestion pelvienne est l'ensemble des symptômes provoqués par des veines pelviennes trop dilatées, c'est-à-dire des varices qui se forment autour de l'utérus, des ovaires ou du vagin.
Ces veines, normalement chargées de renvoyer le sang vers le cœur, ne fonctionnent plus correctement. Leurs valvules (de petits clapets qui empêchent le sang de redescendre) sont abîmées. Le sang stagne, crée de l'inflammation, et c'est cette inflammation qui provoque la douleur et la pesanteur.
Comme l'explique la Dr Bravetti, c'est un problème de plomberie interne : les artères amènent le sang aux organes (l'eau propre), et les veines drainent le sang usé (les égouts). Quand les égouts fonctionnent mal, tout le terrain en amont s'engorge.
Un point important : on peut avoir des varices pelviennes sans aucun symptôme. Si on fait une IRM à 100 femmes en population générale, environ 20 % présentent des varices pelviennes sans douleur associée. Ce n'est que lorsque le sang stagne et que l'inflammation s'installe que les symptômes apparaissent.
Comment reconnaître les symptômes du syndrome de congestion pelvienne ?
Le SCP a un profil de douleur assez caractéristique, que les médecins appellent "douleur d'horaire veineux". Concrètement :
Une pesanteur qui s'aggrave au fil de la journée. Le matin ou la nuit, rien. C'est en position debout ou assise prolongée que les veines peinent à drainer et que la sensation de lourdeur s'installe. Plus la journée avance, plus c'est intense.
Des douleurs rythmées par le cycle menstruel. Les symptômes ont tendance à s'aggraver entre l'ovulation et les règles. C'est lié aux œstrogènes : en deuxième partie de cycle, le flux sanguin augmente dans le pelvis pour préparer l'utérus à une grossesse éventuelle. Et les œstrogènes sont aussi des vasodilatateurs, ils assouplissent la paroi des veines, les rendant encore plus "flasques" et moins efficaces.
Des douleurs après les rapports. La douleur pendant le rapport peut avoir beaucoup de causes. Mais la douleur après le rapport, cette pesanteur qui s'installe progressivement, est très typique du SCP. Elle est liée à l'afflux de sang dans la zone lors de l'excitation, que les veines défaillantes ne parviennent pas à drainer.
D'autres symptômes peuvent être associés, comme des troubles digestifs, des douleurs lombaires ou des hémorroïdes, mais ils sont tellement fréquents dans la population générale qu'on ne peut pas les attribuer avec certitude au SCP sans traitement préalable.
Dans de rares cas (4 à 5 % des patientes), des varices vulvaires ou à la racine des cuisses sont visibles. Ces varices vulvaires ne sont jamais normales et justifient une consultation.
Qui est concernée par le syndrome de congestion pelvienne ?
Le cas le plus typique est celui des femmes après une ou plusieurs grossesses. Pendant la grossesse, la veine ovarienne gauche (qui draine le bassin gauche) se dilate considérablement pour absorber le flux sanguin supplémentaire. Après l'accouchement, si cette veine ne reprend pas sa taille normale, le sang peut refluer dans le pelvis et créer des varices.
Après deux enfants, environ 30 % des femmes qui présentent des douleurs pelviennes ont des varices pelviennes.
Mais le SCP ne concerne pas uniquement les femmes qui ont eu des enfants. Il peut aussi survenir chez des femmes jeunes, sans grossesse, notamment en cas de syndrome compressif veineux (les veines pelviennes sont écrasées par les artères qu'elles croisent). Ces cas apparaissent souvent vers 18-20 ans, chez des femmes minces.
Plusieurs pathologies peuvent coexister avec le SCP ou en favoriser l'apparition : l'endométriose et l'adénomyose (qui créent un terrain inflammatoire favorisant la dilatation veineuse), le SOPK (du fait de l'hyperestrogénie relative), et les syndromes d'hypermobilité ou d'Ehlers-Danlos (le collagène qui constitue la paroi des veines est de moins bonne qualité, ce qui les rend plus susceptibles de se dilater).
Pourquoi le SCP est-il si difficile à diagnostiquer ?
Plusieurs facteurs expliquent l'errance médicale qui entoure cette pathologie.
Le SCP mime d'autres pathologies. Ses symptômes recoupent largement ceux de l'endométriose, des troubles digestifs fonctionnels, ou des douleurs ligamentaires post-grossesse. Quand une femme a déjà un diagnostic d'endométriose, ses douleurs de pesanteur sont souvent attribuées à cette pathologie, sans chercher plus loin.
Les médecins de premier recours ne sont pas formés à le chercher. La Dr Bravetti elle-même n'en avait jamais entendu parler avant d'arriver en radiologie interventionnelle à la Pitié-Salpêtrière. Il n'y a que 300 à 400 radiologues interventionnels en France, et tous ne traitent pas la congestion pelvienne.
Les radiologues ne décrivent pas systématiquement les varices. Puisque 20 % des femmes ont des varices pelviennes asymptomatiques, beaucoup de radiologues considèrent cette image comme un "variant de la normale" et ne la mentionnent pas dans leur compte rendu. C'est pourquoi il est important de demander à son médecin de préciser "recherche de varices pelviennes" sur la prescription d'IRM.
Comment obtenir le bon diagnostic ?
L'IRM pelvienne est l'examen de référence. Elle permet de visualiser les varices pelviennes sans injection de produit de contraste, et elle peut être relue à distance par un spécialiste si l'interprétation initiale ne mentionne pas les varices.
Si vous avez déjà passé une IRM pelvienne pour recherche d'endométriose, cet examen peut suffire. Les varices pelviennes y sont visibles, à condition que quelqu'un les cherche.
L'échographie pelvienne avec Doppler peut aussi détecter les varices, mais elle est très dépendante de l'opérateur et ne peut pas être relue a posteriori. Dans les zones éloignées des centres spécialisés, l'IRM est préférable.
Le site deuxiemeavis.fr permet de faire relire ses imageries à distance par des radiologues diagnostics ou des radiologues interventionnels spécialisés, souvent sans reste à charge.
Un score diagnostique standardisé est actuellement en cours de développement par un panel d'experts (méthode Delphi). Il permettra aux médecins généralistes, sages-femmes et gynécologues de repérer les patientes qui devraient être orientées vers un spécialiste.
Ce qu'il faut dire à son médecin : décrivez précisément vos symptômes en utilisant les termes clés : pesanteur en fin de journée, aggravation debout ou après station prolongée, douleurs après les rapports, aggravation en deuxième partie de cycle. Ces trois éléments réunis sont très évocateurs du SCP et orientent le diagnostic.
Comment traite-t-on le syndrome de congestion pelvienne ?
L'embolisation : le traitement curatif
Le traitement de référence est l'embolisation, une intervention réalisée par un radiologue interventionnel. Le principe : à travers une petite piqûre au niveau de l'aine ou du bras, un fin cathéter est guidé dans les veines jusqu'aux varices pelviennes. On injecte d'abord un produit de contraste pour cartographier les veines qui ne fonctionnent pas (phlébographie), puis on les bouche avec de la colle (embolisation).
L'intervention dure entre 45 minutes et une heure. Elle nécessite généralement une anesthésie ou une sédation, principalement pour le moment de l'injection de la colle. Le temps de navigation dans les veines n'est pas douloureux.
La plupart des patientes ont besoin de deux interventions, espacées d'environ un mois, pour couvrir tous les territoires veineux. Ce n'est pas un échec, c'est la norme. Le bénéfice complet se voit au bout de deux à trois mois, le temps que le corps complète le travail.
Les études rapportent des taux d'amélioration entre 85 et 94 %. L'amélioration complète (zéro douleur) est plus proche de 60 %, notamment parce que l'hypersensibilité pelvienne ou l'endométriose associée peuvent maintenir une part de la douleur. L'embolisation n'affecte pas la fertilité ni le fonctionnement des ovaires : on ne bouche que des veines qui ne fonctionnaient déjà plus.
Ce qu'on peut faire sans intervention (ou en complément)
Toutes les femmes concernées par le SCP ne seront pas opérées immédiatement. Certaines attendent une grossesse, d'autres ne sont pas encore prêtes, d'autres encore ont une hypersensibilité pelvienne qui nécessite d'être stabilisée avant l'intervention. Dans tous ces cas, des outils concrets existent pour soulager la pesanteur et améliorer le retour veineux au quotidien.
La contention. Le port de bas, chaussettes ou collants de contention aide les veines à mieux propulser le sang, surtout en position debout prolongée. Des culottes de contention existent aussi pour les femmes qui présentent des varices vulvaires.
Le mouvement adapté. L'activité physique régulière, et notamment le yoga adapté, travaille sur plusieurs leviers du retour veineux. La respiration diaphragmatique agit comme une pompe sur les veines profondes du bassin. L'activation des mollets et des voûtes plantaires propulse le sang vers le haut, contre la gravité. Les postures inversées utilisent la gravité à l'envers pour drainer mécaniquement le bassin. C'est l'approche que nous proposons dans le programme "Soulager la pesanteur pelvienne" sur le studio SOI
L'hydratation. Boire au moins un litre et demi d'eau par jour aide à maintenir les veines moins comprimées et améliore la circulation. C'est simple, et beaucoup de patientes rapportent une différence.
L'alimentation anti-inflammatoire contribue à réduire le terrain inflammatoire qui aggrave la congestion.
La kinésithérapie, l'ostéopathie et le drainage peuvent aider à remettre les flux en place et soulager les contractures musculaires secondaires aux douleurs chroniques.
Congestion pelvienne et endométriose : comment faire la différence ?
C'est probablement la question la plus complexe, et la Dr Bravetti insiste : les deux peuvent coexister.
L'endométriose crée de l'inflammation dans le pelvis, qui favorise la dilatation des veines et peut donc générer ou aggraver un SCP. Inversement, le SCP entretient un terrain inflammatoire qui nourrit l'endométriose. C'est un vrai cercle vicieux.
Le piège le plus fréquent : une femme diagnostiquée endométriose dont les douleurs persistent malgré les traitements. Si une composante de pesanteur orthostatique et de douleurs post-rapports persiste, il faut penser au SCP, même si l'endométriose est avérée.
Un faux diagnostic d'endométriose est aussi possible. Certaines femmes se voient attribuer un diagnostic d'endométriose alors qu'il s'agit d'un SCP isolé. C'est important parce que le SCP a un traitement curatif (l'embolisation), ce qui en fait une bonne nouvelle dans le paysage des douleurs pelviennes chroniques.
Les ressources pour avancer dans votre parcours
Pour prendre rdv avec le Dr Bravetti https://centreimageriedunord.com/radiologie-interventionnelle/ https://www.radiologieinterventionnelle.com/ (pour la Pitié)
L'association SCP France propose un annuaire de spécialistes (radiologues interventionnels, kinés, médecins de la douleur), du soutien aux patientes et un travail de vulgarisation médicale. [ info-congestionpelvienne.fr]
Deuxiemeavis.fr permet de faire relire ses imageries à distance par des spécialistes, avec une prise en charge mutuelle. [ deuxiemeavis.fr]
Le podcast So Ovaires It, épisode 7 : l'échange complet avec la Dr Marine Bravetti sur le SCP, le diagnostic, l'embolisation et la prise en charge globale. [écouter l'épisode]
Le programme "Soulager la pesanteur pelvienne" sur le studio SOI : 4 semaines de yoga guidé pour agir sur le retour veineux par la respiration, l'activation des mollets et voûtes plantaires, et les inversions douces. Disponible dans l'abonnement studio ou en achat unique. [ le programme]
Cet article ne remplace pas un avis médical. Si vous vous reconnaissez dans les symptômes décrits, parlez-en à votre médecin et demandez une IRM pelvienne avec recherche de varices pelviennes.